Comment estimer le prix du bois sur pied ?

Estimer la valeur des bois sur pied, en vue de leur commercialisation, n'est pas chose aisée. Si en résineux l'estimation sur pied apparaît relativement simple, l'exercice devient plus complexe en feuillus, tant les qualités et les prix diffèrent au sein même d'une seule essence.

Une opération essentielle, mais délicate

L'estimation concerne les bois sur pied avec des risques d'erreurs sur les volumes à vendre et sur les qualités (éléments non garantis par le vendeur) ; le cubage, lui, concerne les bois abattus avec obligation d'une plus grande précision dans les volumes (cf. norme Afnor B 53-302).

L'estimation des bois sur pied est essentielle, au moment où les propriétaires forestiers cherchent plus que jamais à optimiser la valeur de leur récolte. Pourtant, cette opération d'évaluation de la valeur marchande des bois, préalable obligée à toute action commerciale, requiert de solides compétences et une bonne dose d'expérience. Le recours à des professionnels (experts, ingénieurs, techniciens…) se révèle conseillé dans la plupart des cas. Il n'empêche que le propriétaire forestier a tout intérêt à s'y connaître lui-même un minimum pour comprendre les opérations de cubage effectuées par le professionnel. A condition, toutefois, de bien maîtriser les techniques d'estimation.


Résineux : des estimations relativement simples et rapides

Concernant les résineux, les estimations sur pied se déroulent bien souvent à partir de l'observation des essences en présence, de leur diamètre (ou circonférence) pris à 1,30 m et de leur hauteur marchande ramenée à une moyenne par catégorie de grosseur.

L'homogénéité de ces produits, le caractère standard de leurs utilisations, le peu de variation dans les prix autorisent des estimations relativement simples et rapides.

L'estimation du pied à pied est peu utilisée. Dans ce cas, une approche globale de la valeur du lot sur pied à vendre sera privilégiée à partir des classes de diamètres (de 5 en 5 cm) tout en considérant néanmoins la qualité des produits directement liée à la présence ou non de noeuds (facteurs branchaison, élagage…).


Le prix d'un chêne de même diamètre peut varier de 1 à 7

En revanche, il en va tout autrement dans les feuillus. En effet, dans cette catégorie de produits, la diversité des assortiments, des acheteurs et des débouchés, y compris au sein d'une même essence, nécessite une pratique beaucoup plus élaborée. Ainsi, pour une même grosseur, le différentiel de prix pour un chêne sur pied pourra varier de 1 à 7 (plus) selon que celui-ci sera classé en charpente ou en tranchage.

  • dans le 1er cas, la charpente sera estimée entre 50 et 60 €/m3 ;
  • dans le 2ème cas, la tranche sera évaluée à partir de 400 €/m3 sur pied.

Ces différences tarifaires peuvent atteindre des amplitudes encore plus grandes dans certaines essences : c'est le cas de l'alisier torminal (parfois de l'érable ondé) où la qualité sciage se vend environ 150 €/m3 tandis que le tranchage peut valoir 3 000 €/m3 sur pied.

On comprendra donc que pour les essences feuillues dites nobles et précieuses, les propriétaires et les gestionnaires techniques, auxquels ils délèguent la commercialisation de leurs bois, auront tout intérêt à évaluer au plus près la valeur de leurs produits.

C'est pourquoi, l'estimation pied à pied (chaque sujet est estimé individuellement) et le classement par qualités quand ces opérations s'effectuent dans les règles de l'art, permettent une rémunération au plus juste en évitant les mauvaises surprises.

Ces composantes expliquent aussi pourquoi, dans un souci d'objectivité et de plus grande exactitude, Forêts de France a choisi de présenter ses tableaux de prix des feuillus sur pied en se basant sur les classements par qualités et par utilisations.
Les prix moyens par diamètre en forêt publique (également publiés chaque mois par Forêts de France) ne permettent pas d'estimer la valeur de ses bois, mais seulement de suivre l'évolution globale du marché.


Chêne, hêtre : comment pratiquer ?

Il n'existe aucune norme officielle régissant les estimations de la valeur du bois sur pied. Cependant les estimateurs pourront s'inspirer de la norme Afnor des classements des bois ronds feuillus chêne et hêtre définissant quatre classes de qualité (A, B, C, D). A partir de l'observation visuelle des singularités et altérations et de la grosseur des bois en présence, on peut noter :

  • en qualité A les plus belles billes : généralement tranchage,
  • en qualité D les produits bas de gamme : palette, emballage...,
  • et en qualités B et C les produits intermédiaires : plot, sciage industriel, avivé...

Une autre solution consiste à classer directement les produits en fonction de leurs utilisations supposées (tranchage, déroulage, merrain, plot…). Il s'agit ici de classements "maison" assis sur des pratiques propres à chaque opérateur.
Cette technique, très utilisée par les exploitants forestiers et les scieurs, suppose une grande connaissance des marchés dont on sait, par ailleurs, l'extrême volatilité.
Pour s'assurer de la qualité sur pied des bois de grande valeur, certains estimateurs vont même jusqu'à sonder à la tarière les arbres, en-dessous du trait de scie d'abattage.

On sait que, selon la demande des marchés, le concept de qualité évolue beaucoup : dans le cas d'une forte demande, par exemple, les acheteurs de tranche seront beaucoup moins exigeants et accepteront donc plus de défauts et singularités. Dans le cas inverse, la sélection sera beaucoup plus sévère. Ainsi :

  • avant les tempêtes de fin 1999, la tranche de hêtre, sur la Chine, était vendue en grumes dites « allongées » et avec du coeur rouge centré jusqu'à 25 % des diamètres ;
  • aujourd'hui, le marché chinois a pratiquement disparu et les trancheurs européens n'achètent que du hêtre blanc, en longueurs plus réduites et pour des prix ayant chuté d'au moins 50 % !

Cette remarque sur le concept de qualité vaut aussi dans le chêne pour le merrain qui, sur 1995-2002, a connu une véritable vogue avec pour conséquences une envolée des prix et une baisse des exigences en grain.


Mesurer et évaluer pied à pied et par essence

Pour les dimensions, la prise des grosseurs sur pied s'effectue à 1,30 m avec un compas forestier classant par diamètre, le plus souvent de 5 cm en 5 cm. Certains opérateurs mesurent les diamètres au centimètre près pour les sujets de haute valeur (qualité A).
D'autres préfèrent utiliser la circonférence, dans ce cas le ruban sera plus exact que le compas compensé qui ne fait que transformer en circonférence le diamètre mesuré (donc risques d'erreurs supplémentaires).

Quant à la hauteur des arbres, elle se mesure à l'oeil par billons successifs de qualité : soit de 2 m en 2 m pour les bois « tout venant », soit de mètre en mètre et parfois de 0,5 m en 0,5 m pour les billes de 1er choix.

Les produits seront toujours différenciés par essence car le calcul des volumes doit se faire (à partir des grosseurs et des hauteurs) par billons de qualité dans une essence donnée. Des « tarifs de cubage », tenant compte de la décroissance moyenne des arbres observés sur le lot estimé, donnent le volume de chaque billon.

De nos jours, les opérations d'estimation bénéficient des avancées de la technologie et il est désormais possible de rentrer directement, en forêt, les données recueillies sur des micro-ordinateurs de la taille d'une grosse calculette et équipés de logiciels standard ou adaptés aux demandes spécifiques. Ces matériels informatisés évitent les calculs manuels fastidieux (et coûteux) et restituent quasi instantanément les résultats demandés (volume et prix par qualité, par essence, total coupe…).

L'évaluation financière des produits à vendre découlera directement des quantités et des qualités estimées et ce, à partir de mercuriales de prix telles que celles publiées dans Forêts de France qui s'établissent en suivant l'évolution des marchés au cours des ventes de bois. Il ne restera plus alors au vendeur qu'à formuler une estimation argent de son lot à vendre, servant de base pour fixer un prix de retrait qu'il jugera acceptable.

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