Une étude prospective sur 3 sites pilotes

Le projet piloté par le CNPF dans le cadre du LIFE intégré ARTISAN avait pour objectif de mobiliser les acteurs de la filière forêt-bois et les parties prenantes au sein de trois territoires pour les sensibiliser aux conséquences du changement climatique et voir quelles solutions étaient possibles pour préserver les forêts présentes, en fonction de différents scénarios prospectifs. Les trois territoires étaient les suivants :

  • le Pays de Saint-Dié (Déodatie), au climat montagnard relativement doux ;
  • les communautés de commune d’Aubenas et de la montagne d’Ardèche, au climat montagnard changeant en fonction des saisons et à l’influence méditerranéenne marquée ;
  • la forêt de Chantilly, représentant les forêts de plaine avec un climat océanique dégradé et de nombreuses pressions subies (tourisme, espèces invasives).

Les personnes invitées à participer aux réunions couvraient la gamme des décideurs politiques, des personnes de la filière forêt bois, des représentants d’organisations non gouvernementales et des usagers de la forêt.

La démarche suivie a été similaire sur les trois sites, et directement inspirée d’une méthode suivie par FranceAgriMer lors d’une étude prospective similaire sur la vigne : elles ont été invitées à réagir à partir de différentes stratégies d’adaptation de la filière bois forêt, de bâtir les scénarios menant à ces stratégies (en fonction d’un faisceau d’hypothèses), puis de débattre de ces différents scénarios.

L’objectif de ces scénarios était de stimuler la réflexion des acteurs en présence par rapport à différents futurs possibles et d’amorcer des (re)positionnements stratégiques.

Les réactions aux 5 scénarios

Un seul scénario a fait l’objet d’une approbation dans l’ensemble des territoires, celui qui favorise l’adaptation biodiverse, c’est-à-dire l’adaptation des essences locales, des techniques sylvicoles mieux adaptées et une concertation accrue, des prélèvements relativement constants sur la durée, une optimisation du bois en local, avec pour conséquence des effets positifs sur les services écosystémiques.

Deux autres scénarios ont fait l’objet de réactions contrastées en fonction des sites et des acteurs :

  • l’adaptation bioéconomique, avec une gestion à plusieurs vitesses selon le peuplement, un effort de plantation mais pas toujours avec un souci d’adaptation, une exploitation intensive par de grands industriels mais qui tire aussi toute une chaîne d’acteur de la filière bois ;
  • et la voie vers la spécialisation des territoires. Celle-ci présente une réelle différentiation des trois piliers de la gestion durable, avec une sylviculture très intensive dans les zones les plus productives avec un souci d’adaptation dans le choix des essences, à l’inverse dans d’autres zones la biodiversité est privilégiée, en particulier pour l’eau. Certaines forêts sont ainsi moins accessibles au tourisme mais l’ensemble des forêts présente une mosaïque de paysages.

Enfin, deux scénarios ont été rejetés :

  • celui conduisant à la bioéconomie de crise (scénario envisageant la spécialisation de la forêt au service de l’atténuation au changement climatique,le bois remplaçant alors les ressources émettrices de GES pour de nombreux usages, ce qui entraîne la surexploitation des forêts) ;
  • et celui vers la priorité à la naturalité (scénario prônant l’abandon progressif de la forêt productive, mais menant à des risques d’effondrement des économies locales et pas forcément de plus-value pour les écosystèmes, si ceux-ci se referment faute d’entretien).

En parallèle de ce travail prospectif, une brochure pilotée par l’ADEME, avec un appui conséquent du CNPF, a permis d’échanger avec les partenaires des autres actions forestières sur le concept de solutions fondées sur la nature (SFN) et sur ses applications possibles dans le domaine forestier. Les scénarios sortis des ateliers montrent que certaines de ces solutions sont déjà préconisées ou mises en place : diversification des modes de gestion (plus de futaie irrégulière) tout en maintenant l’esprit de gestion durable, protection des sols, prise en compte plus importante de la biodiversité, développement des services écosystémiques, etc.